DITNO 83 : “UN ACCUEIL EXTRAORDINAIRE DES CALAISIENS”

DITNO 83 : “UN ACCUEIL EXTRAORDINAIRE DES CALAISIENS”

Nous lavions rencontré ces derniers jours pour vous faire partager le commencement de son œuvre sur les façades de 4 maisons rue LHOTELLIER au Beau-Marais. Celle-ci est aujourdhui finalisée et lheure est venue de vous présenter plus en détails lauteur de ces graffitis, celui que lon connaît davantage sous le pseudo de DITNO 83. Entretien avec un personnage tout aussi sympathique quintéressant :

 

Ditno, peux-tu te présenter, nous en dire un peu plus sur toi ?

Bonjour, c’est Ditno, Ditno 83 ! Je suis artiste issu du graffiti, reconverti dans l’art contemporain. Je fais des murs, des toiles… J’ai un côté artiste pur mais je suis aussi designer et Directeur artistique. J’ai également une casquette d’entrepreneur et cumule pas mal d’activités avec toujours en ligne de conduite la créativité et la création.

 

Pourquoi Ditno 83 ?

« 83 » est mon année de naissance. Ditno, c’est compliqué… Au départ, je signe Nodit, c’est en référence au non-dit, à mon parcours familial… Le graffiti, je l’ai découvert adolescent. En général, tu commences le graffiti en tant qu’ado, en pleine recherche d’identité. Les lettres sont arrivées par hasard. Lorsque j’ai eu ces lettres-là, le mot « non-dit » a raisonné. J’ai squeezé le second « N » et j’en ai gardé Nodit pendant très longtemps. Je peins toujours Nodit, beaucoup de gens me connaissent sous ce pseudo. J’ai commencé à le mettre à l’envers pour mes premières expositions : je peignais dans la rue et ça devenait compliqué de recevoir le Maire, potentiellement M. Le Juge, et d’avoir à la fois mon nom qui était tagué sur la porte de la galerie et sur mes tableaux à l’intérieur. J’ai interverti mon pseudo pour des questions judiciaires : il y’a prescription aujourd’hui, je peux donc en parler… Ditno 83 est ainsi devenu une nouvelle identité, plus officielle.

 

Comment t’est venue cette passion pour le graffiti et quelles sont tes inspirations ?

Je me rappelle enfant, je devais avoir 6/7 ans, descendre en train avec ma mère dans le sud et mon œil a été attiré par des inscriptions le long des voies ferrées. J’ai demandé à ma mère ce que c’était et je n’ai jamais eu de réponse… Elle ne savait pas me l’expliquer… Ça a vraiment été un choc visuel. Vers 12/13 ans, je suis retombé dessus dans des magazines Hip Hop : c’était le début de la commercialisation massive du Rap, le côté mainstream… Le marqueur fort, c’est l’interview de Per et Ces, des artistes new yorkais, talentueux, très connus, qui faisaient des murs énormes dans le Bronx. Je lis une interview d’eux, ils décrivent leur quotidien, leurs réalisations, leurs problèmes… Je me rends compte à ce moment-là qu’il y avait des gens derrière ces peintures ! Je ne m’étais jamais posé la question, je voyais de belles images mais je n’avais jamais percuté. Le fait de lire cette interview, j’ai eu un déclic qui m’a fait dire, gamin, venant de province, j’ai 13 ans et si eux le font, moi, je peux aussi le faire. De là, un mois plus tard, avec un pote, on partait à Paris, on achetait des bombes, trouvait un entrepôt désaffecté. On n’avait pas les codes, il n’y avait pas internet, et c’est un milieu qui était inconnu voire qui est toujours hostile aux profanes. Au final, on est entré dans l’entrepôt et on a fait notre première peinture… C’est parti de là, j’avais 13/14 ans et de ce jour, j’ai su que le graffiti ferait partie intégrante de ma vie.

 

De où es-tu originaire ?

Je suis originaire de Rouen, j’habite à côté d’Evreux en Normandie.

 

Jimagine que tu as dû sillonner diverses contrées… Où peut-on contempler tes œuvres ?

J’ai beaucoup peint dans le Nord de la France il y’a des années, en Belgique, en Hollande également, et j’ai fait une exposition à La Librairie de Dunkerque en 2016. J’ai peint un peu partout en Europe, au Brésil, à New York… J’ai un peu délaissé les murs du fait de mes nombreuses activités. Je me concentre sur mon travail en atelier depuis 5 ans. Je suis cependant super content de venir faire un mur ici, à Calais, sur une telle surface sachant que j’ai très peu de temps à présent à consacrer à la peinture ; je privilégie des réalisations d’envergure. Je bosse actuellement sur un bouquin qui reprend mes 20 années de création, peintures… J’ai effectué pas mal de choses et ai envie de compiler tout ça dans un livre, histoire que ce soit figé dans le marbre et que ça puisse perdurer dans le temps. Le jour où les serveurs de Google exploseront, beaucoup d’artistes, de créateurs de contenus de toutes sortes laisseront disparaître leur empreinte. C’est le but de ma démarche dans le graffiti, un des thèmes qui est abordé sur les murs. La série s’intitule Traces en référence aux traces laissées par le graffiti, les tags que tu as laissés dans la rue. Je pense même que ça va plus loin : le fait d’écrire sur les murs est l’un des trucs les plus primaires au même titre que manger, se loger, se reproduire… Tu prends les grottes de Lascaux, l’Egypte…, toutes les civilisations ont eu des scribes, des gens qui écrivaient, dessinaient dans le marbre. Ma série s’intitule Traces justement pour notifier cela, la trace de notre passage sur cette terre.

 

Ta rencontre avec Nicolas FLAHAUT, Vyrüs, Artiste et Président de lassociation « Jam EtendArt » avec qui TOH est en lien pour ce projet, comment sest-elle passée ?

On s’est rencontré lorsque je suis arrivé à Calais (Lundi 20 Juillet ndlr). Le graffiti est un petit milieu, on suivait nos travaux respectifs. Nico était venu voir mon exposition à Dunkerque. On a gardé contact et quand le projet a vu le jour sur Calais, il m’a appelé. Il y a d’ailleurs tout un parcours actuellement dans la ville où d’autres artistes investissent les murs.

 

Un mot sur Calais et sa population ?

Un grand merci pour l’accueil extraordinaire des Calaisiens en général, pour l’invitation. Très heureux que Terre d’Opale Habitat m’ait laissé la possibilité de m’exprimer sur les murs. Merci également aux locataires de TOH, particulièrement à ceux de la résidence avec qui j’ai pu échanger depuis le début, qui se sont interrogés sur le sens de l’œuvre et ont, au fur et à mesure, découvert son évolution. Comme je suis plus axé sur l’art contemporain, les résidents ont pu comparer avec du figuratif. J’ai pu leur expliquer la démarche, la recherche du bleu que j’ai utilisé…

 

Et justement, que représente ton œuvre au final ?

 

J’essaie toujours de donner un sens à mes œuvres et être invité sur Calais a suscité une réflexion. L’’un des premiers trucs qui m’ait parlé, ce fut la notion de frontières : je sais que c’est un sujet très sensible ici. On a la notion de frontières avec le côté sociétal, le côté maritime… La disposition des murs des maisons sur lesquels j’ai peint, le fait qu’ils soient espacés, ça m’a imposé un raisonnement. Il fallait qu’il y ait une continuité dans l’œuvre mais que chacune puisse vivre indépendamment les unes des autres. En regardant les quatre façades, tout de suite m’est apparue la notion d’horizon et j’ai par conséquent voulu travailler sur cet aspect de frontières avec, au bas, une partie en noir et blanc avec des lettrages : ma série Accumulations. Mon but était d’écrire mon nom avec les cinq lettres qui le composent (D-I-T-N-O ndlr) de la façon la plus stylisée possible : c’est vraiment la quête du graffiti et je sature l’espace comme ça depuis une quinzaine d’années sur toiles, sur murs. C’est ma recherche à moi, et le jeu pour les gens est d’arriver à reconnaître les lettres… C’est un exercice qui est peut-être difficile au départ, soit, mais dès qu’on prend le coup à en reconnaître deux ou trois, on peut distinguer des centaines de lettres différentes… C’est un peu le but et la distinction est suggestive. Il y’a également une certaine notion de perte dans l’espace.

En haut, sur la partie bleue, vous découvrirez ma série intitulée Traces. La base de mon travail est de laisser une trace de notre passage sur terre et le fait d’aller chercher les lettres, de laisser sa trace, ça induit les gens. La frontière avec l’horizon, je l’ai matérialisée avec un bleu composé d’un mix de plusieurs bleus. Ma quête était d’arriver à une notion de profondeur et d’éternité, et l’intérêt de ce bleu est qu’à tout moment de la journée, vous pourrez voir, selon l’exposition du soleil, un bleu extrêmement lumineux le matin qui va évoluer tout au long des heures jusqu’à ce que le soleil se couche. On reprend cette notion de ligne d’horizon au bord des plages calaisiennes. La démarche était vraiment de marquer l’Homme, la frontière, et l’éternité.

 

Un mot de fin ?

Remerciements à TOH, à Vyrüs, à la municipalité de Calais, à toutes les personnes que j’ai rencontrées et avec qui j’ai pu discuter depuis mon arrivée.

 

Une rencontre enrichissante et très intéressante qui nous a apporté beaucoup denseignements…

  • Merci « Ditno » !
  • Merci à toi, c’est cool !